(20 juin 2009)

L'entreprise moléculaire


L'emploi à vie de nos aïeuls, c'est fini ! Désormais, il n'est pas rare de devoir travailler dans plusieurs sociétés différentes au cours de sa vie, voire d'avoir plusieurs métiers différents, successivement ou simultanément, en alternance malheureusement avec des périodes de chômage. Certains ont compris que cette instabilité du monde du travail peut devenir un atout.

Trouver un contrat à durée indéterminé devient de plus en plus difficile. Les employeurs ne savent pas de quoi demain sera fait et rechignent à prendre des risques. Il est donc plus facile de se présenter et d'être accepté pour une « mission ». En cherchant à enchaîner les missions, avec plus de flexibilité, on peut se retrouver au final avec moins de périodes d'inactivité.

D'où des formules comme les contrats à durée déterminée, le travail temporaire par le biais d'une agence d'interim, le portage, etc. Certains peuvent décider de monter une entreprise unipersonnelle qui facturera des clients. Plusieurs entreprises de ce genre peuvent ensuite se regrouper le temps d'un projet, telles des atomes qui se joignent pour faire une molécule.

Nous pouvons prendre l'exemple d'un magazine où il y aura des sociétés composées chacune d'un rédacteur, une ou des sociétés composées chacune d'une personne pour la mise en page, une ou des sociétés composées chacune d'un commercial pour vendre de l'espace publicitaire, etc. Le tout sous le contrôle d'une société unipersonnelle chargée de l'édition proprement dite. Quand un numéro du magazine est terminé, ces sociétés peuvent ensuite passer à un autre projet, en collaboration avec une ou plusieurs des mêmes sociétés, aucune, et/ou d'autres.

Science fiction ? Ce cas n'est pourtant pas très éloignée du fonctionnement de magazines déjà, où sous la direction d'un rédacteur-en-chef, le reste du travail est externalisé à des pigistes (statut de salarié spécial valable le temps d'un ou plusieurs articles) et la publicité à une régie par exemple.

Ce fonctionnement permet une meilleure implication dans le travail. Si une personne n'est pas motivée, libre à elle d'aller sur un autre projet ou libre à son commanditaire de faire appel à un autre sous-traitant. Bien sûr, il y a aussi des inconvénients, comme la difficulté de protéger un savoir-faire par exemple. Aussi ce fonctionnement est mal accepté des banques ou d'autres interlocuteurs, avec qui les négociations deviendront plus difficiles, voire impossibles.

Dans de très anciens articles, nous avons vu comment il est possible d'utiliser des astuces légales pour créer une entreprise en France avec peu d'argent. Ce cadre légal a évolué au fil des années, ainsi désormais il n'est plus obligatoire de réunir plus de 7.500 euros pour le capital, 1 euro suffit. Mais l'aspect administratif, comptable, fiscal reste lourd pour une société à responsabilité limitée (SARL).

C'est là que le législateur français a eu la très bonne idée de créer le statut d'auto-entrepreneur (un nom qui ne nous plaît guère...). Sous ce statut (interdit à quelques professions), on ne paye sous forme d'impôt libératoire que 13 % du chiffre d'affaires (plafonné à 80.000 euros) pour le commerce et 23 % pour les services (avec un chiffre d'affaires plafonné à 32.000 euros). Si on ne gagne rien, on ne paye rien. Dans certains cas, il peut être plus intéressant fiscalement d'avoir un autre statut, mais ce sera plus lourd administrativement. En fait, nous ne serions pas surpris que, sous la pression de tel ou tel lobby (ou parce que l'État toujours plus dépensier a besoin de plus d'argent), le statut d'auto-entrepreneur évolue progressivement dans la mauvaise direction, avec plus de « paperasse » et plus de taxes. Néanmoins, pour ceux qui veulent résider en France, c'est une solution à envisager. Mais d'autres le sont aussi comme la création d'une entreprise ailleurs en Europe (au Royaume-Uni par exemple) tout en restant sur le sol français (consultez un fiscaliste pour ne pas tomber dans la fraude), voire de devenir un voyageur permanent à la tête d'une entreprise offshore.


[back to the index]